Bizarrement le corps continue de fonctionner. Alors que ton esprit hurle en boucle, que tu as l'impression que tu vas t'écrouler, là, maintenant, ne plus bouger, jamais.
Merveilleuse machine humaine, égoïste petite chose. Marcher, parler, bouffer, pisser, chier, dormir. Everything looks like you're fucking alive.
Alors puisque la machine fonctionne, tu la suis, tu fonctionnes avec. Tu construis des routines, tu figes des sourires sur tes lèvres, tu te saoules de boulot.
"Ca va ? - Oui, ça va. - Tu tiens le coup ? - Oh, tu sais, un jour à la fois." C'est devenu ta réponse favorite, ton automatisme. Un jour à la fois, comme chez les Alcooliques Anonymes.
Tu fonctionnes.
2 paquets de cigarettes, 10 heures de taff, 1 crise de boulimie, 2 heures de sommeil.
Et c'est demain. Et on recommence.
Sauf que malgré la merveilleuse machine, parfois, ça coince.
Tes yeux tombent sur un objet, un truc anodin, un bout de papier qui traine au fond de ton sac, une peluche, une boîte de nougats chinois, un livre.
Kernel panic.
Un wagon de métro tout entier a les yeux fixés sur toi, tes tremblements de junkie, le flot de larmes et de morve qui dégouline sur ton pull sans que tu fasses un geste pour l'endiguer, ton regard fixe, tes yeux qui ne cillent plus.
"Ca va mademoiselle ? - Ca va aller. Un jour à la fois."