Il y a ce moment où tu te dis que c'est pas possible tout ce soleil, c'est insoutenable, c'est indécent bordel.
Et puis tu te secoues et tu te dis oui mais non quoi, c'est probablement ça qu'il aurait voulu, pour ce que t'en sais, du beau temps et des sourires, pas des trombes de flotte et des armadas de parapluies noirs nuit.
Et tu serres fort ton poto dans tes bras, tu fais comme tu peux pour lui donner ta force, tu vois bien qu'il en a besoin, t'as juste peur de pas trop bien faire comme il faut.
Tu lui répètes en boucle que tu l'aimes, tu y mets toute ton âme, tout ton coeur, t'as l'impression de sonner comme un putain de magnétophone à force, et pourtant c'est vrai, c'est tellement vrai, mais est-ce que ça suffit à lui faire oublier qu'il enterre son frangin ? Non, forcément non, et oublier c'est pas l'ordre du jour, ça le sera jamais, c'est juste que là tant que c'est à vif, plaie béante, tu tentes de faire la béquille humaine, appuie toi sur moi tant que tu veux, je te jure que j'ai les épaules larges comme Atlas, c'est pas rien, lui il porte le Monde sur son dos, moi je peux bien te porter toi hein copain.
Chaque sourire arraché est une autre petite victoire sur cette putain de fatalité et tu cherches tes mots à toute vitesse, plus vite que jamais, et en boucle tu penses que ça tu sais pas faire, qu'il vaudrait mieux l'écrire, oui mais non, c'est là, c'est maintenant, il faut trouver de quoi renflouer les brèches de cette digue qui cède peu à peu et qui s'y refuse, fort à en trembler, craque pas, craque pas, je suis là moi, et ma main dans ta main, à nous deux on est plus forts que la Terre entière, que le mal, que l'angoisse, que la douleur, que la perte, je te jure, crois moi.
Crois moi.