Les hasards rigolos de ma vie professionnelle m'ont amenée à ajouter un nouvel item à la liste des métiers divers et variés que j'exerce depuis que je suis devenue Chef du Monde de ma Corporation unipersonnelle.
En gros me v'là consultante en blogueurs.
Cherchez pas, je suis la première étonnée et j'ai encore du mal à m'en remettre.
Bref.
En quoi ça consiste ?
En gros à prendre mon mailer une fois par mois pour inviter des Blogueurs Influents©™ à des soirées organisées par des marques et à imaginer des jeux débiles pour animer la soirée des dits Blogueurs Influents©™.
Si vous ne vivez pas dans une grotte, vous aurez compris que le blogging est devenu l'ultime hypitude et que les blogueurs sont passés en quelques années du statut de créatures étranges soupçonnées d'entretenir du fond de leur cave de vagues tendances exhibitionnistes à celui d'incontournables prescripteurs qui, si on les gave suffisamment de champagne et de petits fours, auront peut-être la gentillesse de recommander à leurs lecteurs la dernière clé USB-chauffe plat-vibromasseur commercialisée par le gentil organisateur du gavage sus-cité.
Quant au réel impact des Blogueurs Influents©™ sur les ventes de gadgets technologiques, ceci est une autre histoire.
Bref (bis).
Me vlà donc il y a une semaine entrain de mettre la dernière touche à la deuxième édition de ces soirées pour lesquelles on m'a embauchée.
Chose assez commune, je reçois un mail d'un des Blogueurs Influents©™ invités à la soirée, me demandant s'il est possible d'envisager un prêt presse du gadget technologique à l'honneur ce soir là. Prêt presse qui lui servira à faire un test complet de la bête pour, si la chose lui semble assez performante, écrire ensuite un billet sur le sujet.
Je vous l'ai dit, le blogueur n'est plus un geek qui raconte sa vie de geek à ses potes geeks mais un geek qui réclame le statut de journaliste.
Mais bon, sur le fond, pas de soucis, les prêts presse aux blogueurs sont devenus chose courante, et je réponds donc par l'affirmative à mon solliciteur.
Arrive la fameuse soirée et le fameux blogueur, que par soucis de discrétion tout autant par répugnance totale à lui faire la moindre publicité (on sait jamais, un de mes 3 lecteurs pourrait aller voir son blog), je ne citerai pas. Sachez tout de même que le jeune homme en question est un amateur de l'analogie jardino-économique et que pour lui (sic) "une passion ça se cultive" (en l'occurence, la passion en question est le fric, chacun son truc). Bref, là j'm'égare.
Donc je remets l'objet entre les mains de cet éminent Blogueur Influent©™ et évoque la question de la date de retour.
"Comment ??!! s'écrie-t-il avec toute l'indignation du pingouin sauvagement sodomisé par un ours polaire, Comment ??!! Il faut que je le rende ??!!
N'écoutant que mon célébrissime sens de la logique cartésienne me voilà lui rétorquant :
- Ben oui euh comment dire .. c'est le principe d'un prêt .. c'est qu'on le rend après. Sinon c'est pas un prêt c'est un don.
Qu'avais-je eu l'outrecuidance de dire là !
- Mais il est hors de question que je fasse un billet sur ce truc si on ne me le donne pas ! Je ne suis pas n'importe qui moi ! On me signe des chèques à deux zéros (oui oui je vous jure, ce sont ses mots, je n'invente rien) pour que j'écrive des billets sur des produits moi !! J'ai plus de lecteurs que Machin et Truc qui pourtant reçoivent des cadeaux de la part de l'organisateur de cette soirée !! C'est inadmissible !
Hésitant entre agonir d'injures mon interlocuteur et chercher la caméra forcément cachée quelque part, je ne pus que balbutier un maigre
- Ben j'y peux rien moi, c'est pas moi qui décide qui fait partie du programme de sponsoring ou pas, tu m'as demandé un prêt, je te l'ai obtenu, je peux pas grand chose de plus.
- Dans ces conditions je refuse de parler de cette soirée ou de ce produit, allez, salut.
Bouche bée, je regarde l'énergumène drapé dans sa vertueuse indignation quitter les lieux puis, mentalement, raye très soigneusement son nom de ma liste d'invités potentiel pour tout événement à venir pour les 42 prochaines générations.
Ca n'aura très probablement aucun impact sur le mignon petit business que ce gars là s'est créé en faisant du pseudo journalisme à 2 balles sous forme de publi-rédactionnel. Ou peut-être que je ne serai pas la seule à réagir de cette façon à chaque fois qu'un petit con de Blogueur Influent©™ pètera plus haut que son cul. Je n'en sais rien.
Tout ce que je sais, c'est que je suis arrivée dans le monde du blogging à une époque où il était question de partager. Partager ses expériences, ses visions, ses idées, son vécu, son expertise. Partager non seulement par soif de se raconter, évidemment, mais avec l'idée que ça pouvait peut-être apporter quelque chose à quelqu'un, peut-être à une personne sur un million mais c'était déja pas mal.
Et que ceux qui transforment cela en une "stratégie de monétisation" me filent la gerbe.
Rien de nouveau me direz-vous. On a déja connu ça aux débuts du Web, quand ce qui était un outil de partage est tombé aux mains des marketeux et des business-planeurs.
Rien de nouveau non.
Mais l'envie de gerber a toujours du mal à passer.