La foule est tellement compacte qu'on croirait un remake des Champs le soir de la finale 98, les drapeaux français en moins.

Moi, imperturbable, fixée sur mon objectif, j'adopte ma démarche bi-classée camioneuse/tirailleur sénégalais et fend la foule du pas assuré de la Parisienne qui, elle, au moins, sait où elle va, contrairement à tous ces cons de touristes, bordel, donnez moi une ak-47 que j'tire dans l'tas.
Prise d'une inspiration soudaine, alors que j'étais en route pour le Printemps, je m'engouffre dans le H&M voisin. Après tout, doivent bien faire des maillots de bain, pis pas chers en plus.
Ca c'est ma deuxième erreur stratégique.

Chez H&M, une meute d'adolescentes hystériques est entrain de purement et simplement ravager le magasin. Partout des panneaux excitent leur rage d'acheter, clamant des réductions de 20,30 et même 50%. La radio doit être calée sur un quelconque Skyrock ou autre Fun Radio mais je suis persuadée que derrière la musique un message subliminal est diffusé en boucle. "Achetez !! Achetez !! Plus !! Plus Vite !! ACHETEZ ON VOUS DIT !!"
Prudemment je me fraye un chemin vers le rayon des maillots de bain. Là, ce n'est pas de l'hystérie, c'est carrément l'hallali. Des moitiées de bikinis orphelines jonchent le sol. Dans un coin, deux blondes échevelées se disputent le dernier slip de bain impression panthère, taille 40. Un petit instant, je caresse l'idée de sortir mon portable et de filmer la scène. Ca ferait un tabac sur Google Video. Il n'y a absolument plus rien de rangé dans les étalages. Tout est en bordel, mélangé, éparpillé au sol, abandonné sur un rebord de bac, piétiné. Je bats prudement en retraite. Cependant, ma programmation génétique m'interdisant irrémédiablement de quitter ces lieux sans dépenser d'argent, je me dirige vers la caisse en m'emparant triomphalement au passage d'un lot de caleçons pour Kalou, d'une petite jupe noire indécemment courte, que je ne porterai probablement jamais, et d'un lot de soquettes pour jouer au golf, le tout à -50%. Brièvement, je me demande si ma banquière accepterait de me faire -50% sur les agios.

Je m'extirpe de chez H&M, prends le temps de vérifier que je n'ai perdu ni bras, ni jambe, ni lunettes de soleil dans la bataille et, rassurée, pénètre dans le hall délicieusement climatisé du Printemps.
Cette fois au rayon maillots, c'est pas exactement la même histoire. Ambiance feutrée, musique douce, présentoirs rangés et bien espacés. Ca me semble très louche. J'ai confirmation de l'entourloupe quand, ayant aperçu un modèle assez à mon goût, je retourne l'étiquette pour voir le prix. 250 euros soldé 220. Une ambiance feutrée ca se paye. D'ailleurs, les vendeuses me regardent d'un drôle d'oeil. Faut dire, avec la chaleur, j'ai sorti le débardeur, et donc les tatouages. Moi j'aime bien, c'est assorti à mon treillis. A priori, elles n'adhèrent pas. Je décide que ma carte Premier et moi on les emmerde royalement et, juste pour les faire chier, attrape le premier modèle à ma taille qui me tombe sous la main et me dirige vers la cabine d'essayage.
Ca, c'est ma troisième erreur stratégique mais, vraiment, je pouvais pas le savoir.

Le mec qui a conçu les cabines d'essayage du Printemps est un *vrai* pervers sadique misogyne. J'en suis certaine et j'en démordrai pas.
Tout est dans la lumière en fait.
Une vraie bonne lumière crue, parfaite pour faire ressortir la moindre imperfection de la peau, la moindre rondeur un peu prononcée. Un lumière qui fait le teint blafard, des cernes sous les yeux et des points sur la peau.
Honnêtement, je me demande comment ils font pour vendre des maillots de bain avec une lumière comme ça dans leurs cabines d'essayage.
D'ailleurs, moi, après m'être regardée dans la glace en maillot et y avoir vu une grosse vache pleine de cellulite qui devrait se cacher dans un placard plutôt que de ne serait-ce imaginer se montrer sur une plage, moi, donc, après ça, non seulement je leur ai pas acheté de maillot mais en plus je me suis jurée de jamais donner le moindre centime à ces ordures barbares amatrices d'anorexiques. Je suis certaine que des générations entières d'adolescentes ont été traumatisées par ces foutus miroirs.

Bon, ok, en chemin vers la sortie j'ai craqué sur une paire de chaussures (-40%) pour aller avec la petite jupe (que je ne mettrai jamais) mais ca n'a rien à voir.

Echouée sur le trottoir, complètement déprimée, fumant ma 3ème clope d'affilée, résolue à ne plus rien manger jusqu'à mon départ en vacances ou, à défaut, à me pointer sur la plage en treillis/pull à col roulé/new rocks, je déteste l'humanité toute entière, à commencer par les vendeuses de grands magasins.

Honnêtement, ca soulage.