Masoshion Victim
Par Flaoua le mardi 25 juillet 2006, 18:34 - C'est bloggable - Lien permanent
Le cerveau humain est plein de mécanismes étranges et inexpliquables.
Comme, par exemple, celui qui m'a poussée, hier, à décider que j'avais besoin
d'un nouveau maillot de bain.
Bon, ok, dit comme ça, ca n'a pas l'air si étrange ni même inexpliquable.
Surtout que j'avais *vraiment* besoin d'un nouveau maillot de bain et que,
partant en vacances samedi, ca commençait à devenir urgent.
Plus inexpliquable, le fait que ca fait bien 3 mois que je sais que j'en ai
besoin.
Beaucoup plus étrange, celui que je décide de finalement me bouger le popotin
pour le trouver en pleine fin de soldes.
Mais là où, vraiment, je ne m'explique pas les cheminements de mon esprit
tordu, c'est quand j'ai décidé que le seul endroit possible pour le dénichage
de mon maillot idéal était les Grands Magasins.
Me voilà donc débarquant boulevard Haussmann en pleines soldes, mois de
juillet, 38 degrés à l'ombre.
Ca, c'est ma première erreur stratégique.
Moi, imperturbable, fixée sur mon objectif, j'adopte ma démarche bi-classée
camioneuse/tirailleur sénégalais et fend la foule du pas assuré de la
Parisienne qui, elle, au moins, sait où elle va, contrairement à tous ces cons
de touristes, bordel, donnez moi une ak-47 que j'tire dans l'tas.
Prise d'une inspiration soudaine, alors que j'étais en route pour le Printemps,
je m'engouffre dans le H&M voisin. Après tout, doivent bien faire des
maillots de bain, pis pas chers en plus.
Ca c'est ma deuxième erreur stratégique.
Chez H&M, une meute d'adolescentes hystériques est entrain de purement et
simplement ravager le magasin. Partout des panneaux excitent leur rage
d'acheter, clamant des réductions de 20,30 et même 50%. La radio doit être
calée sur un quelconque Skyrock ou autre Fun Radio mais je suis persuadée que
derrière la musique un message subliminal est diffusé en boucle. "Achetez !!
Achetez !! Plus !! Plus Vite !! ACHETEZ ON VOUS DIT !!"
Prudemment je me fraye un chemin vers le rayon des maillots de bain. Là, ce
n'est pas de l'hystérie, c'est carrément l'hallali. Des moitiées de bikinis
orphelines jonchent le sol. Dans un coin, deux blondes échevelées se disputent
le dernier slip de bain impression panthère, taille 40. Un petit instant, je
caresse l'idée de sortir mon portable et de filmer la scène. Ca ferait un tabac
sur Google Video. Il n'y a absolument plus rien de rangé dans les étalages.
Tout est en bordel, mélangé, éparpillé au sol, abandonné sur un rebord de bac,
piétiné. Je bats prudement en retraite. Cependant, ma programmation génétique
m'interdisant irrémédiablement de quitter ces lieux sans dépenser d'argent, je
me dirige vers la caisse en m'emparant triomphalement au passage d'un lot de
caleçons pour Kalou, d'une petite jupe noire indécemment courte, que je ne
porterai probablement jamais, et d'un lot de soquettes pour jouer au golf, le
tout à -50%. Brièvement, je me demande si ma banquière accepterait de me faire
-50% sur les agios.
Je m'extirpe de chez H&M, prends le temps de vérifier que je n'ai perdu ni
bras, ni jambe, ni lunettes de soleil dans la bataille et, rassurée, pénètre
dans le hall délicieusement climatisé du Printemps.
Cette fois au rayon maillots, c'est pas exactement la même histoire. Ambiance
feutrée, musique douce, présentoirs rangés et bien espacés. Ca me semble très
louche. J'ai confirmation de l'entourloupe quand, ayant aperçu un modèle assez
à mon goût, je retourne l'étiquette pour voir le prix. 250 euros soldé 220. Une
ambiance feutrée ca se paye. D'ailleurs, les vendeuses me regardent d'un drôle
d'oeil. Faut dire, avec la chaleur, j'ai sorti le débardeur, et donc les
tatouages. Moi j'aime bien, c'est assorti à mon treillis. A priori, elles
n'adhèrent pas. Je décide que ma carte Premier et moi on les emmerde royalement
et, juste pour les faire chier, attrape le premier modèle à ma taille qui me
tombe sous la main et me dirige vers la cabine d'essayage.
Ca, c'est ma troisième erreur stratégique mais, vraiment, je pouvais pas le
savoir.
Le mec qui a conçu les cabines d'essayage du Printemps est un *vrai* pervers
sadique misogyne. J'en suis certaine et j'en démordrai pas.
Tout est dans la lumière en fait.
Une vraie bonne lumière crue, parfaite pour faire ressortir la moindre
imperfection de la peau, la moindre rondeur un peu prononcée. Un lumière qui
fait le teint blafard, des cernes sous les yeux et des points sur la
peau.
Honnêtement, je me demande comment ils font pour vendre des maillots de bain
avec une lumière comme ça dans leurs cabines d'essayage.
D'ailleurs, moi, après m'être regardée dans la glace en maillot et y avoir vu
une grosse vache pleine de cellulite qui devrait se cacher dans un placard
plutôt que de ne serait-ce imaginer se montrer sur une plage, moi, donc, après
ça, non seulement je leur ai pas acheté de maillot mais en plus je me suis
jurée de jamais donner le moindre centime à ces ordures barbares amatrices
d'anorexiques. Je suis certaine que des générations entières d'adolescentes ont
été traumatisées par ces foutus miroirs.
Bon, ok, en chemin vers la sortie j'ai craqué sur une paire de chaussures
(-40%) pour aller avec la petite jupe (que je ne mettrai jamais) mais ca n'a
rien à voir.
Echouée sur le trottoir, complètement déprimée, fumant ma 3ème clope d'affilée,
résolue à ne plus rien manger jusqu'à mon départ en vacances ou, à défaut, à me
pointer sur la plage en treillis/pull à col roulé/new rocks, je déteste
l'humanité toute entière, à commencer par les vendeuses de grands
magasins.
Honnêtement, ca soulage.