L'Art de la Loose n'est pas un monopole Toutankhesque*
Par Flaoua le lundi 24 juillet 2006, 13:16 - C'est bloggable - Lien permanent
Samedi 9h.
La gueule enfouie dans l'oreiller, la bouche entrouverte livrant le passage à
un petit filet de bave bienheureuse, Plume l'hippopotame bleu coincé sous ma
hanche droite, je savoure ma grasse matinée en rêvant de Taurens nus chantant
"Born to be Alive" à Paris Plage. Dans ma chambre, il ne fait pas loin de 40
degrés. Je m'en cogne royalement grâce à mon Ami Le Ventilateur qui a la bonne
idée de dispenser un peu d'air frais sur une zone comprise entre la pointe de
mes pieds et le bas de mon dos (ce que d'aucuns, vulgaires personnages,
nommeraient mon cul, mais trêve de galéjades, jamais ô grand jamais je
n'emploierais de tels termes en ces lieux).
Samedi 9h, donc.
J'ai décidé de rester au lit jusqu'à midi au minimum. Une dure soirée m'attend
et j'ai besoin d'être en pleine forme. En effet, poussée par un masochisme
pervers sans nom (ou par le besoin d'argent, allez savoir), j'ai accepté de
filer un coup de main à Orfeo, traiteur de mes amis, et me voilà donc embauchée
pour servir lors d'un mariage à Compiègne le soir même. 150 convives, service à
l'assiette, oeuf corse (comme dirait l'autre). Début des hostilités
17h, fin prévue 4h du mat'. D'où la grasse mat' (pour une fois que j'ai une
*vraie* excuse).
Samedi 9h, toujours.
Les Taurens ont maintenant entonné "In the Navy" sous les applaudissements
nourris d'une foule de gobelins armés de grenades à fragmentation.
C'est là que les sirènes retentissent, signe pour la population de se rendre à
l'abris le plus proche et d'attendre la fin du bombardement israelien. Je me
fais la remarque qu'il faut vraiment être débile pour coller des sons aussi
stridents dans un rêve ma foi jusque là d'assez bonne qualité sonore. Ca ne
change rien. Pire, les sirènes me cassent de plus en plus les oreilles.
Evidemment, c'est le téléphone.
Je caresse un moment l'idée de laisser l'importun personnage ayant l'indécence
de me téléphoner un samedi matin se fatiguer. Sauf qu'il est fort probable
(personne n'appelant jamais sur ma ligne fixe) qu'il s'agisse d'un quelconque
télévendeur, voire un sondeur IFOP, et, c'est bien connu, ces gens là ne
lachent jamais le morceau. Et puis Kalou dort, alors par charité chrétienne
(ceci est une expression toute faite), je décroche ce putain de
téléphone.
C'est pile poil là que la loose commence.
Mes parents étant partis en vacances, leur femme de ménage passe tous les jours
à leur appartement nourrir le chat et arroser les plantes. Et là, samedi, 9h du
mat', à l'autre bout du fil, elle m'explique qu'elle n'arrive pas à ouvrir la
porte et qu'il faut que je vienne l'aider. La panoplie entière des insultes
inscrites à mon répertoire me traverse l'esprit à la vitesse de la lumière.
Tout ce qui sort de ma bouche est finalement un pathétique "Ok, j'arrive".
Pathétique je vous dis.
Un short/tee-shirt et un démarrage de bagnole plus tard, je réalise en allumant
ma première clope de la journée que je suis entrain de conduire en dormant
debout, ce qui est bien mais pas top. Je dégaine mon habituelle arme ultime :
je cale l'autoradio sur Nostalgie et me mets à chanter à tue tête un "I will
survive" de grande qualité, qui tombait fort justement à point.
9h15 environ, me voilà arrivée chez mes parents (qui n'habitent pas loin, ce
qui est pratique quand le frigo est vide mais beaucoup moins quand la femme de
ménage n'arrive pas à ouvrir la porte, CQFD). Mme M. (nous appellerons la femme
de ménage ainsi pour plus de commodité) me voyant arriver, une immense lumière
d'espoir illumine son regard et pendant quelques poignées de secondes je me
sens un peu comme le Messie en personne.
Au moins jusqu'au moment où je casse ma propre clé en tentant d'ouvrir cette
foutue porte.
L'important, dans la loose, c'est d'y aller à fond. Une demie loose** c'est
aussi inutile qu'un demi casse-noix.
Samedi, 9h45, je décide qu'il est temps de faire intervenir un professionnel.
Pages Jaunes, Aubervilliers, S, Serrurier.
Samedi, 10h45, le 14eme numéro de la liste décroche enfin. M'assure qu'il n'y a
pas de problème, qu'il me rappelle très vite pour me dire quand son technicien
pourra venir.
Samedi, 12h45, après mon 4ème rappel, le Numéro 14 m'avoue qu'il n'a personne
de disponible et qu'il ne pourra probablement pas intervenir avant lundi. La
présence d'un animal enfermé sans réserve d'eau ni de nourriture ne semble pas
l'émouvoir plus que cela.
Samedi 13h. Me voilà à nouveau devant la porte avec mon Super Héros personnel,
j'ai nommé Kalou. Confiante dans son indéniable habileté manuelle je suis sure
et certaine que si quelqu'un peut ouvrir cette porte, c'est bien lui.
Samedi 13h40. En sueur et à bout souffle nous cessons de nous escrimer sur
cette foutue porte de !@#!@#. J'ai déja des visions d'horreur de Mitsuko (la
boule de poils enfermée) entrain de crever de faim et de soif. Deux chats morts
en 10 jours, ca commencerait à faire un peu beaucoup.
Samedi 14h00. Sur le chemin du retour, Kalou a une idée de génie. Puisque les
serruriers d'Aubervilliers sont tous des cons fainéants, pourquoi ne pas tenter
d'appeler un artisan du 19ème, tout proche. Quand je vous dis que Kalou est mon
Super Héros.
Samedi 14h15. Le premier numéro de la liste me répond. A l'autre bout du fil
une voix calme, professionnelle, me pose quelques questions puis, alors que le
choeur des Anges entonne un Hallelujah du plus bel effet, me dit que "Je vous
envoie quelqu'un tout de suite". J'hésite à formuler immédiatement une demande
en mariage, me ravise et explique simplement au monsieur que, mes parents
habitant une résidence, j'attendrai la voiture du technicien au portail
d'entrée afin qu'il puisse se garer dans le parking. Ca aquiesce dans mon
combiné et hop, je raccroche, soudain prise d'une folle envie d'exécuter la
fameuse Danse de la Joie de Chandler.
Samedi 15h15. Près d'une heure que j'attends ce foutu serrurier sur le parking
de la résidence de mes parents. Il fait 40 degrés. Je suis en plein soleil. Ma
bagnole est noire. Je hais l'humanité toute entière et passe le temps en
imaginant tout un tas de tortures barbares à base d'outils de serrurerie.
Samedi 15h45. Il aura fallu très exactement 10 secondes et un coup d'épaule
appuyé à ce type pour ouvrir cette foutue porte. 10 secondes, un coup d'épaule
et 96 euros Hors Taxes.
Samedi 16h. Après m'avoir expliqué que c'est le bois de la porte qui avait
gonflé sous l'effet de la chaleur, le gars ajoute que cela risque de se
reproduire quotidiennement tant que durera la canicule. Evidemment, il a une
solution. Solution qui me coutera 180 euros Hors Taxes supplémentaires. Ai-je
vraiment le choix ? Je signe le devis.
Samedi 16h02. 6 coups de marteaux plus tard la porte est réparée. A 30 euros
Hors Taxes le coup de marteau, je songe vivement à me reconvertir.
Samedi 16h05 : Je signe un chèque de 329 Euros TTC, déplacement compris. Le
type se barre, me laissant l'étrange impression de m'être faite sévèrement
avoir (un autre terme me vient à l'esprit mais blahblah décence blahblah).
Mitsuko se frotte contre mes jambes en miaulant qu'elle a faim et soif.
Moi, je dois être dans 55 minutes à Compiègne pour servir à l'assiette
150 convives.
J'ai dormi 4h.
Je hais l'Humanité toute entière mais surtout, et vraiment, tout
particulièrement, les serruriers.
*: cf le blog L'art de la loose" par
Toutankh
** : Un très mauvais jeu de mots impliquant "demie loose" et "demie moore" me
vient à l'esprit mais j'ai décidé de vous épargner.